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Crise du cacao : comprendre un blocage qui étouffe les producteurs
Hier, 19:10

En attendant la mise en œuvre des mesures du gouvernement, la file d'attente des camions chargés de cacao s'allonge dans les ports

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Le gouvernement a brisé le silence. Face à la persistance des difficultés dans la filière cacao, le ministre d’État, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Kobenan Kouassi Adjoumani, a animé, le mardi 20 janvier 2026, une conférence de presse au cours de laquelle il a annoncé des mesures urgentes pour faire face à l’accumulation des stocks de cacao invendus.

Selon le ministre, un arrêté gouvernemental a été pris pour procéder à l’inventaire des stocks de cacao bloqués dans les zones de production. « Trois mesures majeures ont ainsi été arrêtées », a-t-il indiqué, citant l’inventaire exhaustif des stocks, leur rachat au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme, ainsi que des séances d’information et de sensibilisation des acteurs de la filière pour faciliter l’enlèvement des produits.

Une annonce qui intervient alors que, sur le terrain, la situation est jugée critique par les producteurs.

Des stocks immobilisés à grande échelle

Depuis plusieurs semaines, d’importantes quantités de fèves de cacao restent immobilisées dans les villages, les coopératives, les entrepôts et aux abords des ports d’Abidjan et de San Pedro. Des organisations de producteurs évoquent un « blocage généralisé » de la commercialisation.

Selon des estimations syndicales, plus de 700 000 tonnes de cacao seraient actuellement bloquées à différents niveaux de la chaîne. « Les magasins sont pleins, les camions sont là, mais personne ne vient enlever », confie un responsable de coopérative dans le Centre-Ouest. « Le cacao est prêt, mais il n’y a pas d’acheteurs. »

Le ralentissement du marché en cause

À l’origine de cette crise, un net ralentissement des opérations d’achat et d’exportation observé depuis la fin de l’année 2025. Après les niveaux records atteints sur le marché international en 2024, les cours mondiaux du cacao ont connu une baisse sensible. Descendant, selon le ministre lui-même, de 5 000 Livres Sterling à 3 500 Livres Sterling.

Ce retournement aurait conduit certains acheteurs à retarder leurs enlèvements, provoquant un engorgement progressif du système. Une situation d’autant plus préoccupante que la Côte d’Ivoire écoule l’essentiel de sa production à travers des ventes anticipées encadrées par le Conseil du Café-Cacao (CCC).

À ces difficultés s’ajoutent des lenteurs administratives dans la délivrance de certains documents nécessaires à l’exportation. Si le CCC parle de simples irrégularités ponctuelles, les producteurs dénoncent un dysfonctionnement plus profond.

Des producteurs au bord de l’asphyxie

Les conséquences économiques et sociales sont lourdes. L’immobilisation prolongée des stocks expose les fèves à des risques de détérioration, avec une perte de qualité et de valeur marchande.

Mais c’est surtout le producteur qui paie le prix fort. Dans plusieurs zones cacaoyères, les paiements accusent d’importants retards. « Quand le cacao ne sort pas, l’argent ne rentre pas », résume un leader paysan. « Et quand l’argent ne rentre pas, c’est toute la famille qui souffre. »

Faute de liquidités, certains producteurs reconnaissent avoir vendu leur cacao en dessous du prix officiel, tandis que d’autres ont vu une partie de leur récolte devenir invendable. La situation affecte directement la scolarisation des enfants, l’accès aux soins et la vie quotidienne dans les villages.

Méfiance face aux annonces officielles

Face à la montée de la colère, des organisations comme le SYNAP-CI et l’ANAPROCI dénoncent un décalage entre les discours officiels et la réalité du terrain. Elles parlent d’une filière « asphyxiée » et appellent à des solutions rapides et concrètes.

« On prend acte des annonces du gouvernement, mais nous attendons leur application effective », prévient un responsable syndical. « Les producteurs n’ont plus besoin de promesses, ils ont besoin que leur cacao soit acheté. »

Des actions de protestation ont d’ailleurs été annoncées par certains groupements, pour maintenir la pression sur les autorités.

Une filière sous tension

Pour le ministre Adjoumani, les mesures annoncées visent à rétablir la liquidité en zone de production et à sécuriser l’évacuation du cacao vers les usines et les ports, tout en renforçant le rôle des acteurs nationaux dans la chaîne de valeur.

Reste que, sur le terrain, le scepticisme demeure. Tant que les stocks resteront immobilisés et que les producteurs ne verront pas les effets concrets des décisions annoncées, la crise continuera de peser sur une filière pourtant stratégique pour l’économie nationale.

Modeste KONÉ 

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