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Commerce du poisson à Gonzagueville : le poumon discret d’une économie locale
Aujourd'hui, 12:00

Les dames attendant la pesée pour se ravitailler en poissons

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Il est à peine six heures du matin lorsque la plage de Gonzagueville s’anime. Sur la rive maritime, des femmes, bassines soigneusement alignées, foulards noués sur la tête et pagnes serrés à la taille, attendent en silence ou en discussions feutrées le retour des pirogues. Ici, le commerce du poisson commence bien avant que la ville ne s’éveille. Une équipe de pressecotedivoire.ci s’est rendue sur le terrain, le mardi 27 janvier 2026, pour plonger au cœur de cette activité quotidienne qui fait vivre de nombreuses familles.

Un rendez-vous matinal devenu une routine 

Entre 6 heures et 7 h 30, la plage devient un véritable marché à ciel ouvert. Grossistes, revendeuses et ménagères s’y côtoient, chacune espérant repartir avec du poisson frais, gage d’un bon bénéfice ou d’un repas assuré.

Maman Catherine, commerçante de poissons depuis plus de dix ans, fait partie des figures bien connues du site. Elle explique que les prix sont dictés par les pêcheurs et varient selon la pêche du jour.

« Nous achetons le poisson en fonction du prix que les pêcheurs nous donnent. Ça change souvent. Aujourd’hui, la cuvette est à 12 000 francs, mais parfois ça monte à 14 000 francs. Tout dépend aussi du type de poisson. Celui d’aujourd’hui, on l’appelle “bouche longue”. Après la pesée, ils nous ont fixé ce prix », confie-t-elle.

Maquereaux, poissons dits “communs” ou espèces plus recherchées : chaque variété a son tarif, ajusté au gré des marées et de l’abondance.

Gros poissons, autres circuits de vente

Pour les espèces plus imposantes, comme le mérou, le sosso ou le thon, la stratégie commerciale change.

« Quand ce sont des gros poissons, je pars directement dans les quartiers de Gonzague pour vendre. Les thons, par exemple, on peut les acheter à 5 000 francs ou plus le lot de cinq ou six, selon le poids. Ensuite, je les revends entre 1 500 et 2 000 francs l’unité, parfois jusqu’à 3 000 ou 5 000 francs quand ils sont très gros », précise Maman Catherine.

Un circuit court, mais exigeant, où la rapidité de vente est essentielle pour éviter les pertes.

Revendeuses, fumeuses et ménagères : un écosystème majoritairement féminin

Sur la plage, toutes les femmes n’ont pas le même profil. Certaines sont des revendeuses professionnelles, d’autres de simples ménagères venues s’approvisionner directement à la source.

Adjoua, vendeuse de poissons fumés à Port-Bouët, est une habituée des lieux.

« Je viens acheter des cuvettes que je fais fumer ensuite. Je revends les morceaux à partir de 300 francs, selon la variété. Aujourd’hui, la pêche n’a pas été abondante. On a eu surtout du « bouche longue ». La cuvette m’a coûté 13 000 francs. Après le fumage, je peux gagner plus de 10 000 francs. Dieu merci, on arrive à s’en sortir », témoigne-t-elle.

D’autres femmes, non commerçantes, privilégient également ce circuit direct.

« Acheter ici, c’est plus frais et moins cher. J’ai même un contact parmi les pêcheurs qui m’appelle quand il y a du sosso, du mérou ou des fruits de mer. Je préfère prendre directement avec eux », explique l’une d’elles.

Fixation des prix : entre tensions et compromis

Malgré une organisation bien rodée, des frictions surviennent parfois, notamment autour de la fixation des prix après la pesée.

« C’est souvent là que les incompréhensions commencent. Quand la marée est haute ou que la pêche est mauvaise, les pêcheurs augmentent les prix ou refusent de donner plusieurs cuvettes. Mais, en général, on finit toujours par trouver un terrain d’entente », assure Maman Catherine.

Un équilibre fragile, fondé sur la négociation, l’habitude et une interdépendance mutuelle.

Un commerce ancestral face aux réalités du quotidien

À Gonzagueville, le commerce du poisson reste bien plus qu’une activité économique. Il est un mode de vie, transmis de génération en génération, porté essentiellement par des femmes qui bravent chaque matin les incertitudes de la pêche et les fluctuations des prix.

Entre solidarité, débrouillardise et résilience, elles continuent de faire vivre ce marché informel mais vital, véritable poumon discret de l’économie locale du littoral abidjanais.

Sonia FAITAI

 

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