Les experts de la CEDEAO réfléchissent sur les stratégies d'une meilleure transformation structurelle
La CEDEAO tient, du 03 au 06 mars 2026 au Noom Hôtel à Abidjan (Côte d’Ivoire), une réunion consultative régionale stratégique consacrée à l’avenir du commerce, de l’intégration économique, de la paix et du développement durable en Afrique de l’Ouest.
La cérémonie d’ouverture a été l’occasion pour le ministre délégué auprès du ministre d’État, ministre de la Coopération internationale, chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, SEM. Adama Dosso, de poser un diagnostic clair des défis que traversent les Etats membres
Il s’agit entre autres des barrières non tarifaires persistantes, de la fragmentation des marchés et de la dépendance excessive aux matières premières. Ces freins limitent drastiquement selon lui, la capacité de la zone à absorber les chocs externes et à créer des emplois pour une jeunesse de plus en plus nombreuse.
Il a poursuivi en déclarant que face à ce diagnostic, la Côte d’Ivoire, 2e économie de la CEDEAO après le Nigeria, propose une feuille de route pragmatique articulée autour de cinq axes majeurs.
Le ministre Dosso a aussi présenté l’urgence de démanteler les barrières non tarifaires sur dix corridors stratégiques, dont les axes Abidjan-Lagos et Dakar-Bamako, via une digitalisation accrue des processus douaniers.
Pour lui, la CEDEAO pourrait se spécialiser autour de quatre filières à haut potentiel : l’agro-transformation (cacao, anacarde, fruits tropicaux) ; le textile-habillement ; l’industrie pharmaceutique essentielle et les énergies renouvelables. Pour soutenir cette ambition, il suggère la création d’un Cadre d’incitations communautaire (CIC) et d’un Forum annuel des investisseurs.
A l’analyse collective des experts présents, sur le plan économique, le commerce intra régional de la CEDEAO demeure inférieur à 15 %, un niveau nettement en deçà de celui observé dans d’autres blocs régionaux à travers le monde. Cette faible performance traduit l’incapacité persistante de la région à capitaliser sur son vaste marché de plus de 400 millions de consommateurs.
L’intégration économique régionale est freinée par des obstacles bien identifiés que sont : la persistance des barrières non tarifaires, les lourdeurs administratives, les lenteurs aux frontières, le protectionnisme intra-régional et l’insuffisance des infrastructures de transport, d’énergie et de logistique. Des contraintes qui augmentent les coûts de transaction, réduisent la compétitivité des entreprises locales et découragent les investissements productifs régionaux.
Le président de la Task Force sur le schéma de libéralisation des échanges (SLE), Mohamed Ibn Chambas, a rappelé la vision des pères fondateurs de la CEDEAO qui, il y a 50 ans, croyaient que l’Afrique pouvait se prendre en main. Malheureusement, ll y des defis tels que les guerres commerciales mondiales, les chocs climatiques et le surendettement à ne pas occulter.
Un avis partagé par le secteur privé, représenté par Casimir Migan (FEWACCI), qui voit dans les 400 millions de consommateurs de la région un levier de puissance inexploité. « L’heure est venue de transformer nos instruments juridiques en leviers concrets de production », a-t-il plaidé.
Auourd’hui, l’enjeu est clair : transformer la CEDEAO d’une organisation de protocoles en un véritable moteur de croissance inclusive. La réussite de ce pari passera par une boussole statistique fiable, avec l’intégration du commerce informel via les outils ECOTIS et ECO-ICBT.
Cette réunion a vu la participation du représentant du président des chambres de commerce et d’industrie de l’Afrique de l’Ouest, Kasimir Migan, de la Représentante du Parlement de la CEDEAO, Mme Adjaratou Traoré-Coulibaly, du commissaire aux Affaires économiques et à l’Agriculture de la Commission de la CEDEAO, M. Kalilou Sylla, ainsi que du président honoraire du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), Cheikh Mouhamady Cissokho.
Solange ARALAMON
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