La réforme de la gouvernance électorale engagée par le gouvernement continue d'alimenter le débat politique. Invité de l'émission La Quotidienne Info sur NCI ce mardi 7 juillet, le président du Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples (COJEP), Charles Blé Goudé, a livré sa lecture du processus enclenché par l'Exécutif, tout en réaffirmant son attachement à un dialogue entre le pouvoir, l'opposition et la société civile.
Le gouvernement ivoirien a officiellement dissous la Commission électorale indépendante (CEI) le 6 mai 2026, ouvrant ainsi la voie à une profonde réforme de la gouvernance électorale. Quelques semaines plus tard, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a présenté les grandes lignes d'un nouveau dispositif articulé autour de trois structures distinctes : un organe chargé de l'organisation matérielle des élections, un autre responsable du décompte et de la sincérité des votes, et une troisième instance dédiée à la supervision de l'ensemble du processus électoral. Cette réforme vise à restaurer la confiance dans le système électoral après plusieurs années de contestations.
Interrogé sur la rencontre organisée par le Premier ministre avec les partis politiques et les organisations de la société civile, Charles Blé Goudé a expliqué qu'il s'attendait à une véritable séance de travail.
« Le courrier parlait d'une séance de travail. À notre arrivée, il s'est agi d'une séance d'information », a-t-il indiqué, précisant qu'il ne souhaitait pas prêter d'intention au gouvernement mais espérait que cette première étape débouche rapidement sur une phase de concertation.
Selon lui, l'objectif ne doit pas être de décider unilatéralement de la future architecture électorale.
« Une idée est beaucoup mieux mise en œuvre lorsqu'elle est le fruit des échanges, des discussions et de la participation », a-t-il insisté.
Questionné sur l'existence d'une obligation légale imposant au gouvernement de consulter l'opposition, le président du COJEP a reconnu qu'aucun texte ne contraignait juridiquement l'exécutif à engager de telles discussions.
Pour autant, il estime que le gouvernement a une responsabilité politique.
« Ce qui contraint le gouvernement à discuter avec nous, c'est sa responsabilité », a-t-il déclaré, estimant que les précédentes crises électorales imposent aujourd'hui une démarche consensuelle afin de restaurer la confiance entre les acteurs politiques.
Charles Blé Goudé s'est également prononcé sur le futur organe appelé à remplacer la CEI.
Selon lui, le problème ne réside pas uniquement dans la composition de l'ancienne commission mais dans le principe même qui consistait à intégrer des représentants des partis politiques au sein de l'institution chargée d'organiser les élections.
Il affirme défendre cette position depuis plusieurs années. « Ce n'est pas aux partis politiques qui sont en compétition d'organiser eux-mêmes les élections », a-t-il rappelé.
À ses yeux, la réforme constitue une occasion de rompre définitivement avec ce modèle en mettant en place une institution réellement indépendante des formations politiques.
Au cours de l'émission, Charles Blé Goudé a également salué la récente déclaration de Laurent Gbagbo, qui s'est dit disposé à dialoguer avec le gouvernement « sans lignes rouges ». « Je suis très content que le président Gbagbo ait dit cela. Je l'applaudis pour ça », a déclaré le leader du COJEP.
Selon lui, la Côte d'Ivoire doit saisir cette opportunité pour ouvrir un dialogue politique avant les prochaines échéances électorales.
« Nous sommes encore loin des élections. Il n'y a pas de pression. C'est le bon moment pour s'asseoir et discuter », a-t-il affirmé.
Pour Charles Blé Goudé, la réforme engagée ne pourra produire ses effets que si elle bénéficie de l'adhésion de l'ensemble des acteurs politiques.
Estimant que les précédents dispositifs électoraux n'ont pas permis d'éviter les crises, il appelle à construire un mécanisme capable d'inspirer durablement confiance aux électeurs.
GZ
Donnez votre avis